Donnons-nous les moyens de protéger nos enfants !

Les rixes entre bandes rivales de jeunes adolescents se multiplient selon le ministère de l’Intérieur qui a recensé 357 altercations en 2020 en France contre 288 en 2019. Cette violence peut frapper partout. Notre société a un devoir d’éducation et de protection. Les maires sont en première ligne.

Deux collégiens sont morts en février 2021 dans l’Essonne, deux jeunes ont été grièvement blessés lundi 8 mars dans le Val-de-Marne et cinq autres le mardi 9 mars, porte d’Auteuil, dans le XVIe arrondissement de Paris. Cette violence peut frapper partout. La jeunesse des dernières victimes a suscité l’émoi de notre société, effarée de voir des enfants de 13 et 14 ans se frapper avec une telle violence, jusqu’à en mourir.
Les rixes entre bandes rivales de jeunes adolescents se multiplient selon le ministère de l’Intérieur qui a recensé 357 altercations en 2020 en France contre 288 en 2019. 

Alors, onze jours après l’annonce par les ministères de l’Intérieur et de la Justice de la mise en œuvre d’un plan de lutte contre le phénomène des bandes, une réunion interministérielle a été organisée le vendredi 12 mars. Pour le ministre de l’Intérieur, cette violence va de pair avec la déscolarisation et le manque d’autorité parentale.

Le phénomène n’est pourtant pas récent. Il remonte aux « blousons noirs » des années 50 et n’a cessé d’évoluer depuis. Qui ne se rappelle pas des affrontements dans le quartier d’affaires de La Défense, en janvier 2001, quand plusieurs centaines de jeunes de Mantes-la-Jolie, de Chanteloup-les-Vignes et des Mureaux y réglaient leurs comptes et semaient le chaos ? 

Alors, la jeunesse des victimes, le rôle des réseaux sociaux et l’usage d’armes blanches doivent nous interpeller bien plus que les 25% de rixes supplémentaires en un an dont il faut souligner la concordance de temps avec les restrictions sanitaires, les confinements successifs et le couvre-feu. Depuis un an, à cause de la crise sanitaire, les associations qui permettent aux jeunes de se sociabiliser et de faire des activités sont en grande difficulté. Le désœuvrement ouvre une porte aux idées les plus déprimantes. Nombreux sont les jeunes qui ne se posent plus la question de l’interdit. Ce sentiment de ne plus exister, de ne plus avoir d’intérêt, de ne plus avoir de relations avec le monde rejaillit sur soi et sur l’estime de soi. 

Cependant, et sans céder à la panique politique et médiatique dénoncée par les sociologues, qui redoutent une politique de l’immédiateté réduite à une réponse sécuritaire, il faut souligner le manque de policiers dans nos quartiers. Ils ont été détournés de la mission de lutte contre la délinquance pour s’occuper du respect des mesures sanitaires. Ce sont les maires, avec leur Police municipale, qui pallient l’absence criante d’une police de proximité capable de désamorcer la violence des jeunes. Mais, les moyens sont limités pour nos communes, en particulier lorsqu’il faut y ajouter la surveillance des réseaux sociaux. 

Le phénomène doit surtout nous rappeler que ces adolescents sont en phase de maturation, d’émancipation et que le chemin vers l’autonomie et la majorité doit être balisé par les adultes. La récente déclaration de 115 professionnels de l’éducation et du social, acteurs de la justice des mineurs et représentants associatifs, mérite d’être lue et relue par les membres du Gouvernement. 
Leurs constats sont sans appel : absence de dialogue, une prévention spécialisée absente ou en recul dans beaucoup de territoires, manque de moyens et multiplication des annonces sécuritaires au détriment d’un travail de fond, en amont.
Là encore, les maires sont en première ligne pour effectuer avec la force des acteurs locaux – bénévoles associatifs, membres de la communauté éducative et scolaire, travailleurs sociaux… – l’identification des jeunes en souffrance et des parents dépassés. 
Les dispositifs existent pour remplir ces missions d’accompagnement de la parentalité et de protection de l’enfance. Il nous manque juste les moyens adaptés à la situation. Pour faire face à cette banalisation de la violence chez nos jeunes, il faut un effort collectif d’éducation. Dans cet effort, la famille doit être réaffirmée comme maître d’œuvre dans la socialisation des jeunes vers l’exercice de la vie en société et d’une citoyenneté responsable.

Notre société a un devoir d’éducation et de protection. Mais, elle ne peut pas se contenter d’ouvrir des prisons pour mineurs comme on cache la poussière sous le tapis. Si l’accélération de la réponse judiciaire est indispensable, il ne sert à rien de condamner rapidement le jeune pour ensuite le renvoyer dans son quotidien de violences.

Eddie Aït, Maire de Carrières-sous-Poissy, Président du groupe Écologistes et Progressistes pour l’Île-de-France. Tribune publiée sur Mediapart.