Résister, soutenir, guérir, pour que l’amour triomphe, pour que le combat continue.

Le 17 mai est la Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie. Elle fait la promotion d’une société plus tolérante et plus inclusive. En France, l’ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe, cette institution représentative de notre République laïque, a permis une avancée majeure vers une égalité de traitement bénéfique à tous. Mais la lutte contre toutes les violences physiques, morales ou symboliques liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre est loin d’être terminée.

Comme pour toutes les luttes contre les discriminations, le combat est fait de défaites, plus ou moins douloureuses et régressives, et de victoires, petites et grandes, qui donnent l’élan d’un progrès irrésistible et l’envie de tomber dans un lyrisme mielleux. « L’amour triomphe toujours » est le thème du 17 mai 2021, ça tombe bien. Pour qu’il triomphe vraiment, je préfère son message alternatif proposé par IDAHO : « Ensemble : résister, soutenir, guérir ». C’est l’avantage de cette communauté LGBTQIA+ : même en terme de communication la palette des choix est large et inclusive.

Le 17 mai est un jour symbolique à plus d’un titre pour la communauté LGBT et pardon si j’oublie des lettres. Cette digression est aussi une précision : même un membre de la communauté gay et aguerri peut se rendre coupable de transphobie et autres formes d’intolérance à l’inclusion infinie. Bien entendu. Je plaide coupable. Personne n’est à l’abri du besoin de progresser.

17 mai 1990. Ouf, l’homosexualité n’est pas une maladie !

Le 17 mai 1990 est la date commémorée par cette journée lancée en 2003, au Québec, devenue internationale en 2005 grâce au comité IDAHO.

En 1990, Nelson Mandela, après 27 années d’emprisonnement, est enfin libre. L’URSS est disloquée, l’Allemagne réunifiée, la Guerre Froide terminée. Nintendo commercialise sa première game boy. L’Irak envahit le Koweit. Freddie Mercury n’est pas encore mort. Nirvana n’a pas encore enregistré Nevermind. La techno balbutie ses premiers sons. Le Hip-Hop est underground. Michael Jackson est le Roi de la Pop, Kevin Costner danse avec les loups, Prince avec le Batman. Le Pape Jean-Paul II ne s’est pas encore excusé, au nom de son Église, auprès de Galilée. Le sida fait une hécatombe partout dans le monde, le préservatif se banalise.

Et puis… Le 17 mai 1990, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) raye l’homosexualité de la liste des maladies mentales. C’était il y a 31 ans. J’en avais 14. Aujourd’hui, on sait que le fait de dissimuler son orientation sexuelle vous expose à des troubles qui vont de l’anxiété à la mésestime de soi en passant par la dépression, et même jusqu’au suicide. Pour un adolescent en pleine éducation sentimentale, en quête de son identité, identité sexuelle en particulier, quel soulagement et quelle violence de découvrir cette nouvelle ! Ouf, l’homosexualité n’est pas une maladie ! Mais pourquoi l’était-elle avant ?

De Harvey Milk à David Bowie, de Donna Summer à Mylène Farmer, toute la culture pop autant que les militants de la communauté « gay » ont fait bouger les lignes en jetant un trouble salvateur, et parfois inconscient, sur les certitudes de genre. Aujourd’hui, plus de 85% des personnes interrogées considèrent l’homosexualité comme une manière de vivre sa sexualité comme une autre. En 1975, elles n’étaient que 25%.

Lorsque l’OMS raye l’homosexualité de la liste des maladies mentales, le Danemark a autorisé les unions entre personnes de même sexe depuis déjà près de deux ans. En France, il faut attendre encore 9 ans et l’instauration du pacte civil de solidarité. En 2000, sur 22 271 pacs signés en France, 24% le sont par des personnes de même sexe. C’est un premier pas mais il ne peut pas suffire. Quid de la succession ? De l’adoption ? Tous les couples ne souhaitent pas forcément se marier mais pourquoi les personnes du même sexe qui le souhaitent en sont privées ? Le débat avance, les mentalités progressent, doucement.

17 mai 2013. Ce n’est pas une révolution, juste une évolution, logique et juste

Le 17 mai 2013, la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe est promulguée. La France devient le 9e pays européen et le 14e pays au monde à autoriser le mariage homosexuel. Elle ouvre de nouveaux droits pour le mariage, l’adoption et la succession, au nom des principes d’égalité et de partage des libertés.

Mais avant que le premier mariage homosexuel soit célébré, le 29 mai 2013, la France a vu défiler la « Manif pour Tous » dans ses rues. Elle a vu l’opposition déposer une multitude d’amendements pour bloquer la loi. Le mouvement, piloté par des associations catholiques pour la plupart, refuse le mariage pour tous, l’adoption pour tous, la PMA… Les slogans sont violents. Au nom du bien-être de l’enfant, il faut un papa et une maman. Rien d’autre. Peu importe si les séparations portent à plus de 8% le nombre de familles recomposées en France et concernent 1,7 millions d’enfants. Peu importe si 18% des enfants de moins de 25 ans vivent dans une famille monoparentale contre moins de 8% en 1970. Peu importe si le mariage civil est laïc. L’Église veut s’en mêler.

La famille traditionnelle catholique refuse d’être bouleversée par cette hérésie, quand bien même sa porte-parole la plus fameuse a pu la choquer dans une autre vie. C’est un mouvement de haine. Christiane Taubira, la Ministre de la Justice qui a porté la loi, tient bon. François Hollande, le Président de la République, la soutient fermement. La victoire est de haute lutte. C’est aussi la mienne. J’ai été plutôt épargné par les actes homophobes jusqu’alors mais, pour un Républicain convaincu, avoir accès à l’institution du mariage revêt une importance considérable.

Depuis 2013, 220 000 à 240 000 mariages sont célébrés chaque année, 6 000 à 8 000 mariages concernent des personnes de même sexe (avec une pointe à 10 522 en 2014). Soit 3 à 4% des unions. Dont le mien, le 28 novembre 2015. L’amour triomphe. Ce n’est pas une révolution, juste une évolution, logique et juste. Le mariage et l’adoption pour tous n’ont pas déstabilisé la société française, ils ont juste permis à ceux qui le désiraient d’accéder à un droit dont ils étaient privés. Sans en retirer aux autres. La force de notre démocratie, de la séparation des pouvoirs, est là : même les maires qui menaçaient de ne pas célébrer les mariages « gays et lesbiens » n’ont pas pu s’y opposer. Ils ont juste envoyé leurs adjoints.

La culture pop devance encore les politiques

Aujourd’hui, les enfants de 5 à 15 ans savent qu’une famille, c’est parfois un papa et une maman, mais ça peut aussi être 2 mamans amoureuses, 2 papas amoureux, et même des familles recomposées avec des demi-frères et des demi-sœurs qu’on aime en entier. Ils ont une souplesse intellectuelle naturelle qui tranche avec la raideur cléricale de cette Manif pour Tous de 2012-2013. Pour eux, ce qui compte, c’est l’amour. Le triomphe est là.

Aujourd’hui, Eddy de Pretto et Hoshi, comme les militants LGBTQIA+, sont en première ligne pour continuer le combat. La culture pop devance encore les politiques. Ils alertent en France contre les thérapies de conversion, font prendre conscience que les identités de genre sont un sujet complexe aux conséquences lourdes. Même le monde du football professionnel masculin apprend doucement, très doucement, à s’émanciper de la virilité abusive.

Il ne faut pourtant pas croire que les forces régressives et rétrogrades, en particulier les associations ou partis politiques d’inspiration confessionnelle, ont renoncé. Il y en aura toujours quelques-uns pour remettre en cause l’avortement, le mariage pour tous, l’égalité hommes-femmes et même la peine de mort. Vigilance. La lutte contre l’homophobie rejoint celle de toutes les discriminations, contre tous les préjugés qui tendent à exclure une catégorie de personnes sous le prétexte d’une différence. Au mois de février, lorsque la loi Bioéthique est passée en 2e lecture au Sénat, elle a été rejetée par les sénateurs et les sénatrices. SOS homophobie a relevé des propos indignes au cours des débats qui ont mis en lumière la misogynie et la lesbophobie de certains parlementaires.

Plus d’un meurtre par jour lié à la LGBTphobie au Brésil

C’est un combat qui ne s’arrête pas à nos frontières. SOS homophobie estime que les actes de violence contre la communauté LGBT sont en recrudescence partout dans le monde. Pour conclure, il faut donc rappeler que les actes homosexuels sont condamnés par la loi en Algérie, au Sénégal, au Cameroun… Dans 72 pays en tout. La peine capitale peut même être appliquée dans une dizaine de nations comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite, où l’homophobie tue en toute légalité.

Elle est à l’origine de records de violence au Brésil, où l’on recense plus d’un meurtre par jour lié à la LGBTphobie. Raï, l’ancien capitaine brésilien du PSG analyse le régime au pouvoir en convoquant Albert Camus. En France, il écrit dans une tribune : « En plus de la peste biologique, cette épidémie si mal gérée qu’elle a provoqué la plus grave crise sanitaire de l’histoire de mon pays, nous subissons un autre mal, bien plus meurtrier à long terme. Un mal qui diplomatiquement nous isole, un mal qui, insidieusement, ronge l’Amazonie et persécute ceux qui la protègent. Un mal qui permet l’exploitation minière dans les réserves indigènes, et préfère les troncs sciés aux troncs vivants…

Un mal castrateur de libertés, qui menace la démocratie et fait renaître l’odieuse censure, favorise l’intolérance, l’homophobie, le machisme, la violence. En emprisonnant notre raison et notre bon sens, il nous détruit, pousse à la haine, se pose en ennemi des arts et de la culture, humilie notre conscience en niant la science… »

Là-bas, l’amour est encore trop loin de triompher. Il subit même beaucoup trop de défaites. Pour résister, il a besoin de notre soutien, pour guérir les victimes de toutes ces défaites du genre humain.

Eddie Aït, Maire de Carrières-sous-Poissy, Président du groupe Écologistes et Progressistes pour l’Île-de-France. Tribune publiée sur Mediapart.